C’est grave s’ils sont morts ?

On dit toujours que les fictions sont politiques, et c’est parfaitement vrai. Même lorsque le scénario ou la réalisation tentent de montrer des comportements sans juger, ils reposent toujours sur des éléments considérés comme acquis que l’on ne remet pas en question. Tuer le bon roi pour prendre sa place par avidité et instaurer un régime de terreur, c’est pas bien. Faire preuve de générosité et de courage, c’est bien. Ce sont des notions qui sont rarement développées parce qu’elles sont censées aller de soi, mais elles donnent déjà une information sur le sens moral des scénaristes. Elles développent cette vision des choses et la rendent normale, acquise. Or cette vision est parfois pervertie par le besoin de finir l’histoire avec le ton voulu.

Mon premier problème vient de la vison de l’héroïsme. En soi c’est admirable d’être prêt à se battre pour les gens que l’on aime, d’aller au-delà de son confort pour une juste cause. Générosité, abnégation, tout ça. C’est surtout une façon de nous montrer des personnes qui se lancent dans des aventures passionnantes ou de se créer des modèles qui nous feront rêver, ce qui est très bien aussi. Mais pour représenter l’héroïsme le plus fort, les scénaristes ont la sale manie de pousser l’abnégation au sacrifice. Le héros ou l’héroïne accepte de mourir pour sauver tout le monde, parfois en représentant une figure christique parce que c’est un symbole facile. C’est beau, c’est noble. Mais exiger ça des autres ? Qu’ils meurent pour leurs confrères ? Ça serait ignoble à imposer. Et pourtant c’est ce que la figure du sacrifié implique. Les héros meurent pour sauver les autres, et les héros sont cools. Donc le sacrifice n’est plus seulement une bonne action mais une action cool.

Arrête de m’embrasser et ne revient qu’avec ton bouclier ou sur ton bouclier

Prenez Mass Effect 3 : les morts y sont nombreuses pour représenter l’horreur de la guerre. Mais les personnages principaux ou secondaires ne peuvent pas tous mourir bêtement à cause d’une balle perdue comme n’importe quel troufion, ce serait une fin indigne. Quand ils ne se font pas tuer par un boss à venir qu’il faut iconiser ou par une erreur du joueur, ils meurent par sacrifice. Mais jamais ils ne seront rendus tristes par l’acte à accomplir, jamais ils ne repenseront à leur vie qui s’arrête, jamais ils n’auront de moment de faiblesse. Non, c’est indigne de héros. Ils le font en sifflotant tandis qu’ils accomplissent leur devoir (les joueurs savent de quel personnage je parle). Qu’est-ce que c’est classe quand même. Ça a l’air facile à accomplir vu comme ça, c’est quelque chose de cool. Et moi ça me débecte qu’on rende ça cool. Cela indique que notre vie est sacrifiable si c’est pour une plus grande cause et je ne supporte pas cette idéologie. Je ne supporte pas qu’on me refuse l’égoïsme de vivre. Et quand on voit les kamikazes, on se dit que cette idée ne profite pas au plus grand nombre.

Il y a une autre version du sacrifice qui m’horripile : celui qui sert d’accomplissement. Un personnage qui n’a jamais su réussir quoi que ce soit va enfin remplir son devoir par sa mort. Ça aussi on en trouve un exemple dans Mass Effect 3, avec un personnage qui souhaite faire honneur à son père malgré sa faiblesse au commandement. On nous dit ensuite qu’il est mort mais qu’il a accompli son devoir. Ouf, nous voilà rassuré que ce personnage ne finisse pas en bon à rien ! Le pire exemple c’est lorsque le personnage est un méchant qui fait ainsi sa rédemption. Parce que sinon il devra vivre aux côtés des gens qu’il a persécutés/torturés/massacrés et qui le haïront pour ça. Ça casserait le happy end en montrant les victimes revanchardes sous un jour peu flatteur. On ne peut pas laisser le personnage souffrir ainsi, c’est plus simple de le faire mourir. Mais de son propre choix hein, comme ça on montre qu’il est vraiment revenu du bon côté. Bon ça montre aussi qu’il est impossible de se racheter sans disparaître mais faut pas en demander trop.

Lui encore il fait ça pour le symbole du père qui laisse vivre son fils, mais bon…

Quittons le domaine du sacrifice et partons sur un autre problème : la légitimité qu’a le gentil personnage à tuer des gens. Souvent la justification est simple : il tue des méchants pour les empêcher de faire des méchancetés. Mais certains réalisateurs mettent volontairement le doute à ce sujet comme Paul Verhoeven quand il fait Starship Troopers, faisant reconsidérer les actes des héros. C’est intéressant quand c’est bien fait, mais uniquement lorsque cette dénonciation est claire. Or elle passe généralement par une confiance dans le sens moral des spectateurs, et si ce dernier est déjà au même niveau que pour le réalisateur ou la réalisatrice alors cela revient à prêcher un converti. Par exemple j’ai vu comme beaucoup de gens le fascisme que présentait Starship Troopers mais qu’en est-il des personnes qui seraient susceptibles d’adhérer sérieusement à cette idéologie ? Elles vont voir leurs idéaux à l’écran sans forcément percevoir qu’ils sont censés être moqués et ils se conforteront dans leur position. C’est ce qui est arrivé avec Scarface. Le film devait faire la dénonciation d’un personnage grossier et brutal. La critique adore, le public aussi. Mais les gens que De Palma voulait sans doute éloigner de ce milieu en leur exposant une violence cruelle n’ont pas l’air d’avoir été horrifiés par cette dernière. Nombreux sont les gens qui vouent un culte à Tony Montana et qui voient sa mort comme une tragédie. Le film a beau avoir convaincu les critiques, il constitue un échec cinglant car il n’a porté son message qu’aux gens qui l’acceptaient avant même de voir le film, provoquant l’effet inverse chez les autres.

La dénonciation

Nouveau cas assez particulier : la scène de l’Eglise dans le film Kingsman (attention petits spoilers). L’agent anglais charismatique joué par Colin Firth voit un pasteur raciste / homophobe / etc… prêcher un public du même niveau. Des gens charmants donc. Tout le monde subit alors une sorte de rayon qui les rend fous furieux et les mène à s’entretuer. Cela a donné naissance a une fameuse scène d’action qui en a revigoré plus d’un : c’est virtuose, appuyé par le titre Free Bird. Un grand moment. Oui mais voilà, on n’a pas assisté à une scène où un héros enverrait valdinguer des méchants : ce que l’on a vu, c’est un personnage perdre ses moyens et commettre un massacre par folie. Et associer ça à quelque chose de fun me dérange. On peut bien dire qu’il se défend, mais en fait il aurait très bien pu s’enfuir s’il n’avait pas été hypnotisé. On peut rétorquer que ces gens sont des connards et que c’est cathartique comme dans God Bless America, sauf que Colin Firth ne choisit pas son action, il subit. Le film le montre ensuite reprendre ses esprits, réaliser le carnage et s’opposer au méchant qui lui a fait perdre les pédales. Sauf que le public n’a pas retenu cette scène pour ça, il a retenu que cette bagarre était super cool parce que bien réalisée, bien chorégraphiée et avait un super morceau. Et moi j’étais gêné parce que j’avais l’impression que j’aurai dû aimer ça, qu’on me dit d’aimer ça, mais vu ce qu’il se passe réellement à l’écran je n’y arrive pas. Je vois une ode au massacre, la meilleure scène du film devient pour moi la pire.

Et pourtant il y a une œuvre qui a réussit l’exploit de combiner cette éclate avec le dégoût de quelqu’un qui a du sang sur les mains : c’est le jeu Hotline Miami. On incarne un individu lambda qui reçoit des coups de fil lui demandant de tuer tout le monde dans une zone dite, et il obéit sans se poser la moindre question. Le niveau commence et le jeu nous met dans un état d’esprit frénétique : déjà grâce à la musique, excellente, continue et hypnotique. Ensuite par le game design : enchaîner les meurtres forme un combo qui rapporte plus de points, le moindre coup de feu fait rappliquer tout le monde, l’infiltration est limitée. On est obligé de réagir très vite, on n’a pas le temps de se demander si ce que l’on fait est juste ou pas. On meurt vite, on revient tout aussi vite et on concentre toute son attention dans les réflexes. Mais une fois que le niveau est terminé, la musique s’arrête très brutalement et on doit sortir. Et soudain, dans ce calme nouveau on réalise ce qu’on vient de faire parce qu’on n’est plus du tout dans une optique de chercher des gens à tuer avant qu’ils ne nous tuent. On nous a enlevé le casque qui diffusait la musique qui nous conditionnait, on ne cherche plus les pixels représentant des méchants, on n’est plus en mode berserk. Et qu’est-ce qu’on voit ? Une gigantesque boucherie, et je vous jure que ça choque alors qu’on ne ressentait rien du tout au moment de la tuerie parce qu’on n’avait pas le temps de ressentir quoi que ce soit. Ça vous réveille d’un coup et ça vous fait reconsidérer ce que vous avez fait. Et pourtant le plaisir que vous avez ressenti ne s’envolera pas, il se renouvellera même lorsque votre personnage recevra son prochain coup de fil et qu’il obéira tout aussi sagement, comme n’importe quel joueur accomplira n’importe quelle horreur tant que les développeurs le lui demandent. Le tout sans nous faire oublier l’horreur de ce qu’on commet. C’est un authentique tour de force.

Mais c’est dégueulasse, c’est moi qui ai fait ça ?

Un autre cas que je voudrais vous présenter est celui de la vengeance. Il y a des films qui assument que la quête du héros consistera à faire payer un méchant pour ses crimes. Il y a des films qui mettent en valeur le côté borné ou tragique que peut avoir cette quête (Kill Bill 1&2), voire qui présentent toute l’horreur qui sera engendrée au nom d’une vengeance qui n’offrira rien en retour (Old Boy et J’ai rencontré le Diable, qui m’ont inspiré pour Enchaînés). Mais il y a aussi des films qui veulent montrer un personnage qui ne doit pas se laisser aller à la vengeance. Cela pourrait être bien, sauf que ces films ont la très fâcheuse tendance à faire quand même mourir le méchant. Mais ce ne sera pas par la faute du personnage principal qui pourra ainsi garder sa conscience tranquille, parfois alors même que ce n’est pas du à un renoncement mais à un échec de sa part (quelqu’un tue sa cible avant lui par exemple). C’est le cas dans le livre Millenium, l’auteur va laver les soupçons de meurtres pesant sur Lisbeth alors qu’elle a un vrai comportement de meurtrière et que seul le hasard l’a empêchée d’agir. Ou alors le héros renonce bien à tuer, mais quelqu’un s’en charge à sa place pour rétablir la justice. C’est extrêmement hypocrite et ça m’énerve. Trop peu d’œuvres ont le cran de laisser vivre le méchant, il faut toujours qu’il meure sinon ça manque d’une conclusion.

D’ailleurs certaines œuvres ont une manière bien à elles de dénoncer ces mises à mort : elles attirent la sympathie pour la personne qui subira cette vengeance. Par exemple cette personne se met à regretter son geste, le vengeur / la vengeresse renonce à tuer. Cela a le mérite de montrer que ces personnes sont capables de changer, mais c’est un peu comme si je voulais dénoncer la peine de mort en montrant le cas où des innocents en meurent : c’est sûr que si ces gens sont innocents il ne faut pas les tuer. Mais du coup les coupables ne rentrent pas dans ce cas de figure, donc pour eux on peut ? La vraie question était de savoir si c’est ok de tuer quelqu’un, qui que soit cette personne. C’est facile de dire que c’est pas bien dans le cas d’une gentille personne mais ça ne fait pas avancer le débat. On a aussi l’exemple du méchant qui a de la famille ou qui fait des bonnes actions pour compenser ses mauvaises : le tuer devient dérangeant non pas parce que ce serait se donner le droit de vie ou de mort sur un être humain, mais parce que ça aura des conséquences sur la vie d’autres gens. On s’en fiche de la vie de cette mauvaise personne, mais pensez à sa femme et ses gosses et soyez humains. Rah ces ordures qui fondent une famille pour se fournir des boucliers à bonne conscience ! Ou comment faire croire que l’on dénonce la vengeance alors qu’on ne dénonce que le mal fait aux innocents.

Les voyous font toujours plaisir à l’inspecteur et n’ont pas de famille, alors c’est ok

Dernier exemple et on arrête : le héros rencontre la femme de sa vie (oui, toujours une femme), mais elle n’est pas célibataire. Quel malheur, une femme qui s’est trouvé un conjoint ! Impossible pour le héros de passer ses jours avec elle, ce serait de l’adultère. Heureusement, elle va larguer son conjoint « parce que ça faisait longtemps qu’on ne s’entendait plus, ça n’a rien à voir avec toi » (ça aurait été bien de le montrer avant que la drague ne commence, comme dans Carol). Ou mieux, c’est le compagnon qui la largue. La pauvre pleure toute les larmes de son corps, mais le spectateur n’est pas dupe : c’est un évènement heureux car le héros pourra quitter son célibat sans enfreindre les bonnes mœurs. On dira que c’est mignon parce que la fille a trouvé quelqu’un pour la consoler. Ou alors on soulignera que son ex était un connard et que c’était donc une erreur. Big Fish donne un exemple gratiné de cette situation, même que le malotru meurt misérablement après avoir perdu sa compagne (décidément, la mort est la solution à tout). Ça lui apprendra à se fiancer avec le futur crush d’Erwan McGregor. Vous pouvez penser que ça n’a que peu de rapport avec tout ce que j’ai mentionné plus haut, mais le problème est pourtant similaire : on résout une impasse scénaristique morale avec une situation qui devrait être triste (ici une rupture, plus haut la mort d’un personnage) mais qui apporte le salut des « vrais » héros par la grâce de l’hypocrisie. Quand des scénaristes cherchent une résolution morale, ils devraient s’attacher à ce qu’elle résulte des qualités des personnages plutôt que d’utiliser ces artifices dangereux. Que ce ne soit pas le malheur des uns qui fasse commodément le bonheur des autres.

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« Regardez moi, je suis fou ! »

Un cliché de podcast vidéo récurrent consiste à faire parler le vidéaste avec lui-même. C’est pratique parce qu’on économise des acteurs, on peut jouer tout le monde soi-même. Puis certains se sont amusés à poursuivre le procédé jusqu’à l’absurde en le justifiant, en faisant comme si c’était parfaitement voulu. Ces vidéastes ont ainsi présenté leur personnage comme un « fou » qui discute avec ses multiples personnalités. C’était souvent dans un esprit cartoonesque et assez rigolo, mais ça s’est beaucoup répandu. Et comme tout phénomène qui est repris en masse à la hâte, cela s’est fait parfois sans recul. C’est ainsi qu’on trouve des histoires où le personnage sort que « c’est trop cool d’être fou ! ». Je pense que les victimes de maladies mentales ne sont pas d’accord avec cette affirmation. C’est là que je me dis qu’il pourrait être intéressant de s’interroger sur la figure du fou charismatique dans la fiction.

En voyant la photo de ce brave Bruce Campbell issue de Evil Dead 2 juste en dessous de mon titre parlant de folie, vous avez du vous dire qu’il représentait bien ce cliché. Et pourtant Ash n’est absolument pas victime de maladie mentale. Il pète un câble dans la scène d’où est tiré ce screenshot, mais il se remet bien vite. C’est une scène cartoonesque où la maison hantée se met à partir en vrille et Ash réagit avec le même excès, mais c’est davantage de la mise en scène que de la folie. On ne voit pas quelqu’un qui a perdu la tête, juste quelqu’un qui réagit au n’importe quoi par du n’importe quoi. Vu le ton humoristique de Evil Dead 2, c’est cohérent. Là où c’est moins cohérent, c’est quand certains confondent ça avec de la vraie folie.

Le voilà le représentant le plus connu, celui dont tous les « fous qui ont trop la classe » s’inspirent. Le Joker est l’un des méchants les plus connus et appréciés, pas étonnant que tout le monde ait envie de jouer ou de faire apparaître son Joker. Sauf que peu le comprennent vraiment. Tous les mauvais clones du Joker ont un point commun : leur méchant se marre comme un dément. Parce que c’est trop cool de se marrer comme ça, ça donne l’impression d’être supérieur aux autres et d’être imprévisible. Ce cliché là date probablement d’avant le Joker, mais ce dernier l’a quand même bien démocratisé. Sauf qu’il faudrait quand même se poser cette question essentielle : pourquoi il rigole tout seul le monsieur ? Il a pas l’air un peu con ? Ben si justement, pour la plupart des clones. Il n’y a rien de drôle mais il rigole quand même de façon forcée pour faire son m’as-tu-vu. « Mouhahah, je suis tellement complexe que j’embarrasse tout le monde avec des réactions que personne ne comprend ! Chuis trop mad t’as vu ? » Du coup c’est ridicule. Alors que le « vrai » Joker n’est pas ridicule. Pourquoi ? Parce qu’il a une bonne raison de rire, et ce n’est pas juste de faire genre qu’il a compris la blague de ce monde absurde comme le Comédien de Watchmen.

C’est un clown.

C’est sa fonction de faire rire. Alors il fait des blagues et il se marre parce que c’est ce à quoi il aspire. Là où se manifeste sa folie c’est qu’il a perdu tout sens des réalités. C’est la façon la plus commune de caractériser cet état, et c’est pourtant ce que les clones du Joker ont fâcheusement tendance à oublier. Le Joker prépare des tours pour créer des situations cocasses, mais il n’a pas conscience des proportions de ses gags. Il a un humour très noir qu’il pousse beaucoup trop loin dans un soucis de spectacle absurde, et c’est en cela qu’il a perdu la raison.

Le monsieur que vous voyez dans l’image ci-dessus et qui vous hurle « Respecte moi, il y a marqué Damaged sur mon front ! », ce n’est pas une personne atteinte de maladie mentale. Ni lui ni la Harley Quinn du film Suicide Squad (et même dans les comics que j’ai lus cette dernière est loin d’être mentalement atteinte). Ils se vantent d’être fous mais la folie n’est absolument pas une qualité, ce n’est pas un synonyme pour « audacieux ». C’est le fait de ne plus distinguer le réel, et ce n’est pas quelque chose dont souffrent ces personnages qui sont simplement « foufous » au sens d’excentriques. D’ailleurs ce Joker là n’est même plus un clown, c’est devenu un punk qui se marre pour se donner un genre.

Je nuance la fin de mon billet en signalant qu’un personnage qui rit comme un « cinglé » sans être le Clown n’est pas nécessairement un problème. Je vous ai introduit avec la tête hallucinée de Bruce Campbell : tant qu’on ne fait pas passer cela pour le résultat d’une déficience mentale, je m’amuse bien de ce genre de débordement rigolo, comme lorsqu’on voit une comédie avec Louis de Funès qui s’énèrve. Un film où un personnage a une crise de rire parce qu’il a subi plus qu’il ne le pouvait, c’est tout à fait faisable. Ce qui me dérange le plus c’est lorsqu’on fait passer ce handicap pour quelque chose de cool. Une personne qui se démarque et qui a du bagou, dans le respect des autres, est cool. Un handicap n’est jamais cool. Et les génocidaires ne passaient pas leur temps à ricaner pour impressionner les convives.

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Mon année sagasphérique 2016

Oui je suis en retard pour faire un retour sur l’année passée.

J’ai parlé sur Senscritique de mon année filmique 2016 en faisant la liste de ses films que j’ai vu, avec mes commentaires à ce sujet. Mais puisque je suis créateur de sagas mp3 autant que je mentionne aussi ces dernières pour leur faire honneur, et aussi pour ne pas laisser tristement mourir ce blog. Il se trouve que je n’en aurai pas beaucoup à mentionner pour quelques raisons : D’abord je m’y retrouve de moins en moins dans les productions audio actuelles. Je deviens de plus en plus exigeant, si l’amateurisme se ressent trop pour que je prenne l’histoire au sérieux je décroche. Ce qui en découle c’est que j’ai tendance à moins facilement donner leur chance aux nouveaux et à me contenter des valeurs sûres, ce qui n’est pas une bonne pratique. Il faut également mentionner que j’ai peut-être accordé moins de temps aux sagas d’une manière générale dans ma vie, d’ailleurs je n’ai toujours pas écouté Pantoche & Danger alors que ça pourrait me plaire. Enfin j’ai acquis une très sale habitude : écouter les sagas en lisant autre chose sur Internet. Je surestime beaucoup trop ma capacité à rester concentré. Du coup je me retrouve à écouter, à me retrouver paumé au milieu par ma faute et à abandonner sans laisser de commentaire comme un malpropre. C’est pas bien. Tout cela fait que je retiens peu de choses de cette année sagasphérique, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait rien de bien.

Passons maintenant à quelques sagas mp3 que je souhaite mentionner pour résumer ce que j’ai préféré de 2016.

 Docteur Bonobo Show

Je triche largement car cette série a démarré en 2015 et se poursuit cette année. Mais je tiens à la mentionner car elle a fini par faire naître en moi une routine plaisante. La routine de découvrir régulièrement un court épisode à la Kaamelott sur ce génie du mal empêtré au milieu de ses sous-fifres incompétents mais attachants dans leur bêtise. Les épisodes sont très homogènes en qualité et le jeu des acteurs est très enjoué, je ne ris pas forcément aux éclats mais je m’amuse bien. On en est à la 2e saison (plus un spin-off) et cette série me plaît beaucoup, je vous recommande de la siroter.

Gobbledygook

Il s’agit d’un livre audio sur un écrivain qui tombe sur un mystérieux livre doté d’une conscience propre. Ce dernier possède de curieux pouvoirs et des histoires aussi fascinantes que glauques. Le narrateur va se retrouver lié à ce livre démoniaque qui pourrait améliorer sa vie, mais qui risque surtout de la détruire. On est ici dans de l’horreur soft à la Lovecraft, disons qu’il s’agit plus d’une ambiance oppressante que d’un délire gore. C’est bien écrit, la narration coule de source et l’auteur accroche bien son public.

CINQ

Scénarisé par François TJP et Richoult et réalisé par ce dernier. C’est un one-shot de 20mn sur un spationaute qui s’est fait emporter dans l’espace et se retrouve donc tout seul avec sa réserve d’oxygène qui diminue. Il s’agit ici d’un travail d’ambiance et de jeu d’acteur, on va se laisser porter par un DestroKhorne très impliqué dans son rôle. Il porte toute la fiction sur ses épaules, bien aidé par une réalisation très immersive et par la partition de Niala’Kil. Du bon travail qui fait plaisir aux oreilles. Notez que François TJP démarre très fort cette année 2017 avec sa dernière fiction, Spelaion, que je recommande chaudement aux amateurs de spéléologie et de sound-design.

Milhana

La saga Milhana a démarré en 2010 et vient de se terminer fin 2016. Une saga qui aura donc duré plus de 6 ans s’achève, et ça fait toujours quelque chose. Milhana raconte comment Mateo va se rendre physiquement dans un MMORPG à échelle humaine, comme Sword Art Online. Découvrant les règles de ce monde, il va se rendre compte que quelque chose cloche avec sa programmation et va se retrouver embarqué dans une aventure qui le dépasse. Ne vous fiez pas à ce synopsis a priori banal, la saga en a sous le capot. Déjà par sa réalisation magistrale, agrémentée de bugs sonores volontaires lors des moments où la tension est trop forte même pour le jeu. Ensuite pour ses musiques, composées par l’auteur. Enfin pour son scénario finalement classique mais bien mené et ambitieux à notre échelle d’amateur. La SF française qui claque vraiment c’est pas la saison 4 du Visiteur du Futur, c’est Milhana.

Pépins sous le sapin

C’est un peu abusé car cette saga est assez private joke du Netophonix et en plus j’y ai participé. Mais c’est mon année 2016, je fais ce que je veux. Ce feuilleton quotidien m’a fait sourire et parfois rire, j’ai retrouvé des voix que je n’avais plus entendues depuis longtemps et j’ai baigné dans une sympathique atmosphère familière. Ce projet s’est très bien déroulé et demeure l’un de mes meilleurs souvenirs de cette année.

Maintenant que j’ai parlé des créations qui m’ont plu, je vais conclure en parlant de mes propres activités de cette année. Déjà j’ai enfin sorti Enchaînés, dont le script était écrit depuis Mars 2015 et dont l’idée me hante depuis 2014. C’est d’ailleurs la première fois que j’utilise Reaper pour un projet de plus de 3mn, c’est bon de quitter enfin Audacity pour gagner en confort et en possibilités. Encore mieux : je me suis fait ce site que j’aurai dû sortir depuis des années, depuis mes premières créations en 2009 en fait. Voilà une arlésienne qui est terminée, et ça fait du bien. Enfin j’ai participé en tant qu’acteur et réalisateur à la saga communautaire de Noël Pépins sous le sapin citée plus haut. C’est à peu près tout pour mes activités, j’ai été aussi feignant que d’habitude cette année. Mais les idées ne s’arrêtent de me trotter dans la tête, il suffirait que je me bouge pour les développer par écrit au lieu d’attendre éternellement que l’inspiration me décrive toute seule la suite comme un Deus Ex Machina. Avant c’était simple, je bossais pour des occasions qui imposaient une deadline et cette dernière me motivait pour arrêter de procrastiner. Même pour Enchaînés j’ai fonctionné comme ça. On verra si 2017 change quelque chose.

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Décembre approche

pepins_sapin

Vous n’êtes pas sans savoir que Décembre est une période particulière, il s’y passe un événement très attendu. Je ne pense pas à Noël ni aux magasins bondés, non ça ce sont juste des prétextes pour amener ce qui rassemble nombre de fidèles chaque année : le Calendrier de l’Avent mp3.

Depuis 2007 des créateurs de tous bords proposent des petites fictions audio de leur cru en rapport avec Noël, ou l’Hiver, ou le petit Jésus, ou le besoin d’écharpes pour les plus pessimistes. Chaque jour l’une de ces créations est diffusée sur le site de l’événement organisé par le Netophonix et constitue le chocolat quotidien de ses auditeurs. Une tradition à laquelle je participe depuis 2009 (l’intégralité de ma rubrique « Petites créations » a été réalisée lors de ces occasions). Vous pouvez profiter des anciennes éditions du calendrier depuis le lien plus haut, vous verrez qu’il y en a des chocolats à déguster.

Cette année les choses changent : ce calendrier proposera un feuilleton humoristique de 25 épisodes se déroulant dans le monde de mon forum de sagas mp3 favori, le Netophonix, ici représenté comme une entreprise où les membres jouent leur propre rôle. Ce sera donc une aventure forcément remplie de références au forum. Pépins sous le sapin a été écrit par AzmarMimiryudo et @now@n, les épisodes sont réalisés par divers créateurs de la sagasphère. Les personnes motivées qui souhaitent faire leurs propres créations comme lors des éditions précédentes peuvent toujours le faire, ces fictions seront rassemblées en bonus en parallèle du feuilleton.

N’hésitez pas à écouter ce feuilleton au jour le jour. Connaissant les scénaristes et ayant entendu des retours de personnes dans la confidence, cela s’annonce bien rigolo même pour les personnes qui ne sont pas familières du forum.

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Demande d’avis

Vous connaissez certainement la plateforme musicale Deezer. Figurez vous que j’ai reçu un mail de leur part : un catalogue de podcast est en cours de construction et l’on me propose de fournir mon contenu. C’est une proposition très inattendue, j’imagine que j’ai été déniché via podcloud. Il est assez alléchant d’imaginer une plateforme aussi connue diffuser mes créations, ce serait là une sacrée publicité. Mais je suis mal à l’aise à ce sujet et je viens vous demander votre avis.

Mes fictions audio contiennent pas mal d’éléments dont je ne suis pas propriétaire, comme des musiques non libres de droit, des musiques à la licence creative commons « pas d’utilisation commerciale » et des bruitages eux-mêmes sous licence (généralement : « pas d’utilisation commerciale »). Or Deezer fournit ses services via un abonnement payant, ou un abonnement gratuit avec publicités. Donc l’utilisation est indéniablement commerciale. J’ai la liste de toutes les musiques utilisées (mais pas de tous les contributeurs au niveau des bruitages, je ne m’y suis hélas pris que trop récemment pour eux), je me suis permis de diffuser mes créations parce que je citais les artistes et que je ne faisais aucune utilisation commerciale, ma conscience morale était tranquille. Là c’est bien différent, il est même question que je sois rémunéré (quid de mes acteurs qui ont bossé aussi ?). Je sais qu’il y a de nombreux podcasteurs (audio ou vidéo) qui le font sans rechigner, je ne critiquerai pas leur choix parce qu’ils ont créé du contenu, mais ça me gêne de le faire à titre personnel. Je peux toujours dire non à la rémunération (qui serait de toute façon dérisoire), mais cela ne change rien à la question commerciale puisqu’un profit est quand même généré. Mes fictions sont un hobby pour moi et je trouve que ce serait malhonnête de ma part de les inclure dans un tel système malgré tous mes « emprunts », malgré les sons que j’ai récupéré qui sont libres de droits à la condition de ne pas en faire cette fichue utilisation commerciale.

J’ai commencé par refuser cette proposition, la réponse obtenue me signale que Deezer est un simple diffuseur et qu’il y a aussi peu de chance d’être poursuivi là-bas que sur Youtube. Certes. Mais ce qui me gêne est surtout un cas de conscience morale. La perspective d’être diffusé un peu plus m’enchante pourtant, je produis quand même pour être écouté (même si ça n’ajoute que 2 auditeurs). Je suis faible et sujet à la tentation. C’est pourquoi je vous demande ici ce que vous pensez de cette offre compte tenu de mes principes. Il faut savoir que je n’ai réellement aucune envie d’être rémunéré (même d’une poignée d’euros) sur des créations dont beaucoup de briques ont été fournies par d’autres, je n’ai par exemple pas l’intention d’avoir un compte Tipeee et l’argent n’aurait aucune influence sur la qualité ou la quantité de mes productions.

Je tends largement à décliner une nouvelle fois cette offre mais je souhaite quand même avoir votre avis ici, Twitter n’étant pas le bon endroit pour discuter de la question.

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Le Let’s Play, ou comment louer des amis

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Ceci est une reprise d’un article que j’avais écrit sur Senscritique alors que je n’avais pas de blog. Maintenant que j’en ai un, autant que je remette cet article à sa vraie place.

Le Let’s Play est un type d’émission assez particulier : il s’agit de regarder quelqu’un jouer, à un jeu vidéo le plus souvent, mais toute forme de jeu peut convenir. On le retrouve particulièrement sur Internet et il peut prendre plusieurs formes. Il y a déjà le vidéo test, qui n’est pas toujours considéré comme du Let’s Play mais qui consiste quand même à regarder la vidéo d’une personne qui joue à un jeu. Le vidéo test a pour but d’informer le spectateur sur la qualité du jeu pour le guider dans son achat, comme les fameux Level One de Game One et ses descendants. La sympathie qu’attire l’animateur a évidemment un rôle crucial dans le succès de cette émission et une vidéo amusante sera toujours très appréciée (autant joindre l’utile à l’agréable), mais ça reste quand même une vidéo d’information. Elle durera de 5mn à 30mn selon les testeurs et selon la richesse du jeu. « Et les vidéos de Hooper alors ? Ce sont des vidéos test de 2-3h ». Franchement, personne ne me fera croire qu’on va mater une vidéo de deux foutues heures (dont parfois 15mn sur l’écran titre où Hooper nous parle de sa life) juste pour se faire un avis sur un jeu. Le vrai intérêt de ces vidéos n’est plus là, mais j’y reviendrai plus tard. Donc non, les vidéos de Hooper de 2h ne sont certainement pas des vidéos test mais des Let’s Play qui profitent de leur format pour donner un avis sur le jeu, en bonus.

Une autre forme de Let’s Play est le walkthrough, c’est sans doute celui qui passionne le moins les foules. Il s’agit de la vidéo de quelqu’un qui parcourt un jeu en entier (découpée en plusieurs parties). Généralement le joueur ne dit strictement rien, il se contente de finir le jeu à un taux de complétion variable. Ce genre de vidéo servira surtout d’aide pour les joueurs qui sont bloqués, voire de découverte du jeu pour ceux qui ne peuvent pas y jouer mais qui veulent quand même le découvrir en laissant quelqu’un d’autre interagir à leur place. Autant dire que les walkthrough ont surtout le mérite d’exister.

Il y a ensuite les vidéos d’e-sport : on voit un joueur montrer son talent sur un jeu qui s’y prête. Le visionnage devient alors un spectacle digne d’un bon match de foot et permet d’apprendre de nouvelles techniques et de comprendre comment font les pros. Cela concerne majoritairement les jeux multi-joueurs, League of Legend en tête, mais certains jeux solo offrent aussi la possibilité d’assister à des performances stylées comme les bons Beat Them All. Enfin on peut aussi trouver des vidéos dont le but sera de partager des créations, comme les Let’s Play sur les constructions Minecraft les plus impressionnantes. Tout ce qui concerne le beau et le spectacle en somme.

Maintenant que j’ai défini les formes de Let’s Play sur lesquelles je ne souhaite pas m’étendre (sacrée intro), je vais enfin évoquer la couche qui m’intéresse, celle dans laquelle joue Hooper dont je parlais plus haut : j’appelle ça la location d’amis. Ceux qui matent 2h de Hooper ne font pas ça juste pour s’informer, des vidéos de 10mn le font aussi bien. Ce qui intéresse ces spectateurs, c’est de voir un mec sympa qui discute pendant qu’il joue. Quand on est avec un pote, 2h peuvent passer à toute vitesse. Mais là c’est un pote très particulier car si on le connaît grâce à ses vidéos, lui ne nous connaît généralement pas. On ne peut pas interagir avec lui pendant la vidéo (sauf en cas de Twitch, mais si l’animateur est trop connu vous pouvez être sûr qu’il n’aura pas trop l’occasion de lire vos messages). Il fait la discussion pour deux. Qu’est-ce que ça implique ? Qu’il n’y aura pas de dispute et qu’il vous accueillera avec la même bienveillance que tous les autres. Que vous soyez beau ou laid, vif ou lent d’esprit, que vous apparteniez à une minorité, il n’en saura rien et sera aussi sympa avec vous qu’avec ses propres potes. Comme la vidéo est librement accessible sur Internet, n’importe qui peut profiter d’un moment sympa avec quelqu’un sans avoir la moindre responsabilité à prendre, en se laissant juste aller. Le jeu auquel il joue ? C’est un support de discussion, un moyen d’avoir des choses à dire, un prétexte pour sortir une vidéo et permettre à ses abonnés de nous voir. Parfois l’animateur va chercher un jeu particulièrement improbable qui sera suffisamment intéressant pour attirer les foules, il n’aura alors qu’à le commenter. Donc il y a la plus value de la découverte. Ok.

Le succès de cette forme de Let’s Play s’en trouve assez éloquent : il y a décidément beaucoup de gens qui ont besoin de chercher des amis sans avoir à les rencontrer. Je ne critique pas cet état d’esprit, c’est une forme d’amusement tout à fait honnête. Mais elle me fait peur par moment. Déjà parce que la discussion du vidéaste est à sens unique : il parle et on écoute, l’inverse n’arrive pas en temps réel. Donc on finit par bien le connaître, à se sentir proche de lui, mais on reste un inconnu à ses yeux (sauf s’il n’a que 3 fans). Et lorsque certains admirateurs se rendent compte en dédicace que le seul « ami » auquel ils s’accrochaient n’est finalement qu’un ami imaginaire (« euh, tu sais que je ne te connais pas… »), la désillusion peut se montrer terrible et faire des ravages dans l’esprit des plus émotifs. Autre souci : est-ce une bonne chose que l’on puisse se trouver aussi facilement des amis sans avoir à passer par la case « intégration à une bande de potes » ? À une certaine dose c’est toujours sain de se trouver de quoi occuper ses soirées, mais il serait dommage que cela incite les moins sociables à se replier encore plus sur eux mêmes. Je spécule sans fondement ici, mais j’ai tout de même cette crainte. Je reconnais cependant que ce sera toujours mieux que de laisser des gens vraiment tout seuls.

Le phénomène du Let’s Play prend parfois des proportions assez délirantes quand on voit certaines chaînes qui investissent dans ce format sans comprendre ce qui a fait son succès. L’intérêt que l’on trouve dans cette émission ne vient pas de la présence d’images vidéoludiques qui bougent et font baver les geeks, elle vient du présentateur. Les premiers let’splayers (ce mot est moche…) se sont lancés avec une certaine sincérité qui a su toucher son public, mais allez demander à un animateur : « Rends toi sympa, faut que les gens s’identifient à toi ». La spontanéité n’est plus là.

« Bouh, vilaines chaînes commerciales qui veulent reprendre notre chouette concept du Let’s Play pour en faire une machine à sous ».
Reprendre ? Vous en êtes sûrs ? Vous vous êtes peut-être demandé depuis tout à l’heure pourquoi j’avais choisi une image des Enfants de la télé pour parler d’un phénomène a priori lié aux jeux vidéo et dans une certaine mesure à Internet. Le principe de cette émission de télé est d’inviter des personnalités connues du public français pour qu’on leur présente leurs casseroles. Mais dans le fond, ce sont des potes qui se retrouvent pour se marrer entre eux et qui invitent le public à assister à leur soirée. Le prétexte n’est pas le même (l’un joue à des jeux, les autres parlent de casseroles), le principe si. On mate des gens en roue libre qu’on connaît et qu’on trouve drôle. C’est une émission qui date de 1994 et qui a certainement des ancêtres que je ne connais pas. La commercialisation des amis à sens unique existait avant que l’on n’invente l’expression Let’s Play, elle était à la télé avant de se retrouver presque accidentellement sur le net. Touche pas à mon poste c’est encore une émission où on va voir Cyril Hanouna qui fait l’andouille, avec des effets de son et lumière et des micros sketchs en bonus. On trouve ça nul parce que le présentateur n’est pas convaincant, pas parce que le concept de l’émission est mauvais [EDIT : depuis la fois où j’ai écrit ce texte sur Senscritique en 2015, le nombre de raisons de se plaindre de l’émission a largement augmenté]. Le succès des Let’s Play le prouve.

Une fois que j’ai pris conscience de ce qu’était le Let’s Play de pote, je me suis senti gêné. J’avais l’impression de ne pas être à ma place en matant ces vidéos et je ne savais pas trop quoi penser des vidéastes qui filment leurs soirées perso pour les offrir au web. Comme si c’était devenu un bien culturel. Quand il s’agit de gens que je connais vraiment, avec qui j’ai discuté, il n’y a pas de problème. C’est comme les voir s’exprimer sur les réseaux sociaux. Pour les autres… J’ai maintenant un blocage à ce sujet, mais croyez bien que je ne souhaite pas vous empêcher de profiter de ces vidéos. Simplement je pense qu’il est très important de comprendre ce phénomène qui prend une place de plus en plus importante dans le paysage culturel au point de devenir une banalité, ce qui en rend ses effets d’autant moins transparents.

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Je suis Thetchaff, créateur de fictions audio, majoritairement tourné vers le thriller. J'ai quelques histoires à vous raconter qui ne nécessiteront pas d'images, car le son s'avère être un outil bien assez puissant pour se suffire à lui-même.