« C’est drôle parce qu’en fait ils sont dans une fiction »

Attention, le vilain donneur de leçon que je suis va parler de ce qu’il y a de plus polémique au monde : l’humour *bruit de tonnerre*. Ce serait une bonne idée de proposer un vague rappel de ce qu’est cette source constante d’incompréhension avant de poursuivre, mais c’est casse-gueule comme tout alors ne me jetez pas de tomates parce que vous n’avez pas la même définition, c’est juste pour amorcer la suite. Pour résumer, ce qui fait rire c’est le décalage. Voilà, ça c’est fait, je peux passer à la suite. Ce dont je voudrais parler maintenant, c’est de l’humour méta en particulier dans les fictions et de la façon dont c’est mal utilisé.

Je ne parle pas ici de méta-humour (une blague qui fasse référence au fait que l’on soit dans une blague) mais d’humour concernant des références méta dans une fiction, principalement des blagues qui soulignent que l’on est dans une fiction voire que les intervenants en ont conscience. C’est souvent utilisé pour moquer les clichés fictionnels en les explicitant de façon ridicule dans la diégèse. C’est une forme d’humour qui fonctionne, mais comme toutes les blagues il faut qu’elle soit bien faite. Le Fossoyeur de Films avait déjà parlé dans sa vidéo sur Lego Batman du problème qu’il pouvait y avoir à faire ce que l’on dénonce, encore que j’ai trouvé que ça passait très bien pour ce film en particulier. Et si j’en parle c’est parce que ça se retrouve de plus en plus souvent dans les vidéos ou sagas mp3 sur Internet, mais de manière de moins en moins imaginative. Le collectif Golden Moustache fonctionne majoritairement là-dessus, sauf que leurs vidéos se concentrent sur un seul gag qui va se retrouver étiré jusqu’à plus soif au lieu d’être distillé à petites doses (comparez leur dernière vidéo L’Otage avec le même gag dans La Tour 2 contrôle infernale qui en fait un comique de répétition bien mieux dosé). Il y a surtout une gêne particulière qui vient sans doute de moi : au bout d’un moment, il vaut mieux passer à autre chose. On a fini par comprendre toute la différence qu’il y avait entre la réalité et les films. Il y a encore des bonnes blagues à faire sur le sujet, mais j’ai l’impression qu’Internet a la fâcheuse tendance à se contenter d’une énonciation des clichés en guise d’humour (cette vidéo est très représentative). Avec souvent une mise en scène qui est trop proche de ce qui se fait dans les œuvres moquées pour que la parodie devienne plus amusante : c’est la même chose, en plus pompeux et avec des acteurs qui n’essaient pas d’être crédibles parce que c’est du second degré et que donc on s’en fiche. Et encore, là je parle de vidéos dont le but tout entier est de faire rire par la parodie. On a aussi les fictions qui sont faites par des gens qui ont conscience de leurs défauts mais qui, plutôt que de les corriger, font semblant de les assumer dans un mea culpa aux relents de cache-misère (le fameux personnage qui signale que cette histoire n’a aucun sens ou que seul le manque de budget justifie une situation absurde). Il ne suffit pas de dire « Je sais que c’est un défaut » pour que ça ne devienne plus un défaut, ou alors il faut pousser l’absurde, détourner la situation, exploiter le cliché énoncé, trouver quelque chose de plus que de l’annoncer platement. Certes cet avis n’engage que moi et vous y voyez peut-être une finesse qui m’a échappé. Mais quand les films nous bombardent des mêmes scories par inconscience, je trouve dommage que des personnes plus éclairées nous les remettent sous le nez sans valeur ajoutée. Il y a des choses qui sont plus drôles quand on les évoque entre copains que quand on en fait toute une vidéo.

Là j’ai davantage parlé en introduction de parodie que de vraie référence méta. Je vais enfin en venir à la blague qui me lasse le plus : la blague de « À qui je parle ? Mais aux spectateurs voyons ! ». Avant de se demander pourquoi je ne trouve plus ça drôle, rappelons nous pourquoi c’était drôle un jour : parce que ça cassait un code, à savoir la notion de diégèse. On considère que les personnages d’une fiction vivent dans leur monde, les voir briser le 4e mur constituait une surprise et soulignait à quel point cette convention est arbitraire. On reconsidérait les limites de la diégèse et cette prise de conscience était ludique. Ça, c’était pour la découverte. Maintenant quel besoin y a-t-il de répéter cette blague ou de rappeler systématiquement que les personnages ne comprennent pas qu’il y en ait un qui s’adresse à une caméra invisible ? Cela peut se faire si l’on a des choses à ajouter sur le sujet. On peut aussi intégrer pleinement cette absence de 4e mur dans la diégèse, par exemple dans Deadpool ou bien dans les sagas mp3 qui font intervenir le narrateur comme un personnage omniscient qui communique avec les héros (exemple : Tarentule Platinome), ou simplement un narrateur qui s’adresse au public et peut se permettre toutes les blagues qu’il veut par son statut particulier. Ou même une histoire totalement méta où l’on suit implicitement quelqu’un qui crée sa fiction, comme dans l’excellente saga mp3 Les Avant-Tu-Riais de la SOCQATOA (attention, beaucoup de private jokes liées à une époque trouble de la sagasphère). Mais le danger d’une utilisation moins maîtrisée de ce dispositif est de fragiliser cette diégèse, de telle sorte qu’on ne sache plus à quel degré on doit le prendre et qu’on ne la prenne simplement plus au sérieux du tout. Le clin d’œil complice avec le public est possible, mais il y a des manières plus classes de le faire qu’en interrompant la fiction pour expliciter la démarche (« Pourquoi j’explique tout haut ce que je fais ? Pour que l’auditeur puisse comprendre »). Alors qu’on peut faire la même blague mais sans casser la diégèse en mentionnant l’existence d’un public (« Pourquoi il nous explique tout haut ce qu’il fait ? On n’est pas aveugle »). Un exemple de films qui font ça très bien est 21 Jump Street et sa suite 22 Jump Street, dans lesquels on a par exemple un discours sur la gestion du budget au sein de la police qui évoque en réalité celle des films eux-mêmes. C’est quand même plus élégant de faire ainsi appel à la compréhension du spectateur plutôt que de lui mâcher le travail par manque de confiance en son intelligence. Pire encore, il y a le cassage de 4e mur utilisé pour expliquer (argh) un effet que l’auteur n’assume pas. Exemple : un épisode se termine sur un cliffhanger. Mais l’auteur s’est senti obligé d’inclure un personnage qui se plaint « Oh non, un cliffhanger ! », et cette dérision casse quand même pas mal l’effet sans apporter un décalage assez savoureux pour compenser. Comme si c’était ridicule de vouloir mettre des cliffhanger au 1er degré et qu’il fallait vite pointer ce choix du doigt de peur que les copains se moquent de cette ambition déplacée.

Casser le 4e mur par humour est loin d’être un interdit. Je me suis marré devant les œuvres citées plus haut ainsi que d’autres (Sacré Graal, La cité de la peur, le jeu Kid Icarus Uprising, Last Action Hero etc…). J’ai également profité d’un usage non-humoristique qui renforce la mise en scène ou le propos d’un film, comme dans La montagne sacrée. Mais il faut que ce procédé soit réfléchi, qu’on se demande ce que ça apporte, en quoi ça fournit un décalage surprenant, plutôt que de céder à un simple effet de mode. C’est réjouissant de casser des conventions, mais s’acharner sur un code qui est déjà démoli ne revient qu’à en créer un nouveau et ne constitue donc plus un gag en soi. Il faut alors de la réflexion pour détourner cette nouvelle norme, sinon cela revient à faire une référence qui se limite à répéter une réplique connue (« Je suis ton père ») sans rien en faire : c’est pas que c’est pas drôle, c’est que c’est pas une blague.

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Juin, MP3@Paris et projet

Petite news juste pour donner de brèves nouvelles. Le Samedi 10 Juin, vous pourrez me croiser à la petite convention parisienne MP3@Paris. C’est un événement gratuit dédié aux podcasteurs audio et aux créateurs de sagas mp3, ce qui sera pour moi l’occasion de revoir des potes en tant que visiteur. Le mois de Juin va surtout me permettre de commencer à me bouger un peu du côté des créations. Le début de l’année 2017 a été marqué de mon côté par une petite adaptation théâtrale amateur d’un épisode de Doctor Who, que j’ai co-mise en scène avec Aquatikelfik. Ce projet m’a occupé de Janvier à fin Avril, je peux maintenant réfléchir à un projet qui traîne dans ma tête depuis quelques mois.

Il s’agira d’un one-shot audio, qui devrait durer au moins une demi-heure si je ne me trouve pas prématurément à court d’idées. Son nom de code est pour le moment Projet Silence le temps que je lui trouve un vrai nom, ce sera de l’épouvante. Je n’arrive pas encore à lui donner une structure solide ou des personnages mais il va bien falloir que je démarre un jour si je veux que ça se décoince, comme d’habitude. J’ai déjà un sujet, des scènes qui me paraissent fortes, des idées de mise en scène, une réflexion globale qui tient la route mais qui demande à être travaillée pour relier les points. Je m’étais fixé de m’y mettre à partir du 1er Juin et le choix de cette date n’est pas innocent puisqu’il permettrait normalement, en théorie, sur le papier, de participer à nouveau au concours de la Saga de l’été 2017, qui consiste à réaliser une création audio complète d’au moins 20 mn de Juin à fin Août. Enfin ça c’est le rêve, sauf que dans la réalité ça a très peu de chances d’être fini à temps. Pour information j’ai passé 2 mois sur l’écriture de Enchaînés et à peu près le même temps pour le montage et le mixage de sa 1ère version bêta, sans compter les séances d’enregistrement. Or il n’y a pas de raison pour que Projet Silence se fasse plus rapidement, bien au contraire puisqu’il va nécessiter davantage de sound design. Il ne serait pas non plus raisonnable de me dépêcher de sortir ce one-shot, Enchaînés a bien profité des correctifs effectués depuis sa bêta et il aurait même été encore un peu mieux si j’avais poursuivi son peaufinage. Donc non, je ne pense sincèrement pas que ce projet rentrera dans le cadre de la Saga de l’été, mais m’imposer un simulacre de deadline me permettra de me motiver à écrire le script au lieu d’attendre éternellement l’inspiration.

On récapitule : une visite à Paris et une fiction audio que je vais tenter de commencer un jour, cette semaine si j’ai la foi. Oula la, ça sent l’année 2017 productive dites donc…

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Quand Éros a moins de street cred que Thanatos

 

Aux USA la classification des films a ceci de particulier que le contenu violent pose moins de problèmes que la présence de deux choses : des gros mots et de la nudité. Un film avec des meurtres cruels peut se contenter d’un PG 13, mais si le mot « fuck » est prononcé deux fois ce sera classé R aux côté de films présentant de l’ultra-violence. Même chose en cas de nudité dans un contexte sexuel. Cela révèle que le sexe dérange plus que la violence, je voudrais cerner ce phénomène en comparant deux genres de fictions qui sont loin d’avoir la même réception : l’érotisme et l’horreur.

Qu’est-ce que vous avez le plus de mal à avouer aux potes ou aux parents, que vous allez mater Vendredi 13 ou bien Emmanuelle ? L’un de ces genres est considéré comme dégradant tandis que l’autre a fini par acquérir sa légitimité avec le temps. John Carpenter, Wes Craven, Dario Argento et bien d’autres sont considérés comme des maîtres de l’horreur. Le porno est plus connu pour ses scénarios riches à base de plombiers et d’héritières esseulées, ses dialogues subtils qui nous font apprendre le champ lexical du pinceau à tremper dans le pot de peinture, et surtout pour son jeu d’acteur légendaire. Démarrer sa carrière de cinéaste par du porno, quel que soit le poste occupé, c’est l’assurance de se voir fermer toutes les portes, contrairement aux réalisateurs qui se forgent une crédibilité artistique avant de se lancer dans le sexe explicite. Lorsqu’Allociné faisait un dossier sur des films érotiques on trouvait toujours un geignard dans les commentaires pour se plaindre que ça n’avait pas sa place sur un site dédié au cinéma. Démarrons notre comparaison, qui ne concernera pas simplement les films à contenu sexuel mais bien ceux qui souhaitent en profiter pour faire monter la température.

D’abord il ne faut pas confondre l’érotisme avec la pornographie. Le porno est à l’érotisme ce que le torture porn est à l’horreur ou l’épouvante : un sous-genre qui choisit de casser la force du hors-champ et de l’imaginaire pour nous gaver d’images de chair malmenée. Ce genre de programme, quand il est à ce point dénué d’autre forme d’intérêt, ne m’enchante pas des masses bien que l’on puisse trouver des exceptions. Je vous recommande par exemple la bande dessinée Filles Perdues d’Alan Moore et de Melinda Gebbie (attention, contenu très hard : viol, pédophilie, zoophilie, plein d’autres trucs). Son contenu est totalement explicite et s’inscrit donc dans le porno, mais la plume du maître et la mise en scène inspirée rendent la lecture bien plus intéressante qu’un simple .gif de va-et-vient (plus de détails dans ma critique). C’est l’un des rares contre-exemples que je connaisse, mais je ne suis pas spécialiste du cinéma porno, toutefois un utilisateur de Senscritique que je respecte a fait une liste des films pornographiques qui vaudraient le coup d’œil, à tout hasard c’est ici. Ce qui est plus gênant c’est que ce genre de fiction se destine pour le moment principalement aux hommes hétéro, les autres ont peu de choses à se mettre sous la dent. Il y a cependant des réalisatrices qui font du porno féministe, le genre continuera sans doute d’évoluer. L’érotisme m’intéresse bien plus, du moins quand il est de bonne qualité.

Filles Perdues, d’Alan Moore et Melinda Gebbie

La différence entre l’érotisme et le porno ne réside pas seulement dans le contenu graphique (ou alors on parle de soft porn et là c’est juste du porno qui veut ratisser un public plus large). La différence entre le bon et le mauvais film d’horreur, c’est que le premier instaure une tension pour maximiser son effet. Pour cela il prend le temps de poser un contexte et des personnages auxquels on s’attachera. La peur sera alimentée par l’inconnu : on sait qu’il y a une menace mais on ne voit pas d’où elle vient, donc notre imagination fera le boulot pour augmenter notre inquiétude en faisant appel à nos propres angoisses. On sait que ça va attaquer, mais on ne sait pas quand ni comment et l’inquiétude monte crescendo car plus le temps passe, plus on se rapproche de l’inéluctable. C’est ça la mécanique de la tension, c’est pour ça qu’on parle aussi de tension sexuelle (« Ils vont se jeter dessus pour faire l’amour, je le vois venir et l’atmosphère devient trop électrique pour y échapper ») ou de tension érotique (« Ils vont jouir »), c’est ce qui précède l’action. Quand le mauvais slasher trop pressé décide de balancer le ketchup sans attendre parce que « c’est la seule chose que veut le public », il oublie d’accrocher les spectateurs, il oublie qu’il y a une différence entre faire peur et faire vomir de dégoût. La séquence choc n’est que le résultat de la tension qui a fini par exploser, ainsi qu’une récompense pour les spectateurs qui obtiennent effectivement ce qu’ils attendaient, mais de la bonne façon. En faire une fin en soi sans prendre le temps de rien faire ressentir revient à se prétendre humoriste et faire rire le public en lui chatouillant les pieds.

Un bon exemple de film mélangeant l’érotisme avec la construction d’un film d’horreur est Venus in Furs de Jess Franco (aussi appelé Paroxismus, dans les deux cas ça n’a rien à voir avec l’œuvre de Sacher-Masoch). Une femme violée et tuée par 3 personnes revient sur terre et hante les malotrus et le héros. Elle apparait, tout le monde la prend pour un spectre et se demande ce qu’elle leur veut, s’il ne sont pas piégé en plein rêve étrange. Cette revenante va visiter ses bourreaux un à un dans une mise en scène de film de fantôme. Elle les perce de son regard froid et fait naître une tension érotique chez ses cibles impuissantes qui voient en elle le fantasme qu’ils ne pourront plus jamais assouvir. Quand leur désir impossible à satisfaire devient trop fort, que le crescendo est monté trop loin, ils meurent. Elle n’a plus qu’à punir une autre victime à sa façon. Cela peut faire sourire, mais il s’agit là d’une mise en scène de la peur de la frustration qui fonctionne bien. Elle montre à quel point l’érotisme et l’épouvante fonctionnent de manière assez similaire, même si la mise en scène du film reste éloignée de celle des slashers. Les cas de thrillers érotiques ne manquent pas, Basic Instinct est l’un des plus connus et renvoie à la tentation de céder à ses pulsions alors que la mort guette.

Les miroirs, pratiques pour valoriser un regard

Une critique récurrente de l’érotisme concerne sa beauferie, qui est pourtant largement présente dans le cinéma d’horreur. Pour ce dernier je ne parle pas seulement de la présence fréquente de bimbos à moitié nues ou d’ados crétins, je pense surtout à la complaisance avec laquelle les exécutions peuvent être filmées. On a tendance à vouloir nous faire prendre notre pied avec des morts cathartiques de connards, ce qui marche plus ou moins bien. C’est un peu comme les histoires où des femmes antipathiques se feraient méchamment trousser « pour les punir » alors que c’est juste un prétexte pour fournir à un certain public des viols qu’il pourrait moralement apprécier parce qu’elle « l’a bien cherché ». C’est tout puant, mais le cas de l’horreur a le mérite de s’éloigner davantage de la réalité pour permettre une meilleure distanciation, et donc une meilleure catharsis. On n’a pas assez de meurtres par hélice de bateau dans le crâne dans la vraie vie pour se sentir mal à l’aise devant un film. Et c’est moins hypocrite que dans le cas du violeur tout heureux de donner une leçon à une vilaine femme.

Cette beauferie est donc largement répandue, en phase avec un public de niche. Mais là encore je vais vous sortir du contre-exemple pour montrer qu’on peut faire mieux que ça. Parlons de Sunstone, une BD érotique de Stjepan Šejić sur deux amatrices de BDSM qui se rencontrent. La BD se charge de tordre le coup à de nombreux clichés liés à cette pratique et en profite pour délivrer de nombreux messages très sains sur la sexualité (l’importance du consentement, assumer ses penchants, respecter l’autre…). Elle met surtout en scène une relation amoureuse très mignonne entre des personnages tout ce qu’il y a de plus attachants. L’érotisme est indéniablement présent mais ne vire jamais à la vulgarité ou au racolage. Il s’agit également d’un cas qui ne fait que très rarement appel à une tension comme celles que j’ai évoquées plus haut. On peut parler d’une forme de crescendo lorsque les personnages se rencontrent mais Sunstone s’attarde surtout sur leur vie quotidienne ensemble et sur la beauté et les obstacles que présente leur relation. C’est une de ces BD qui savent réellement marier la sensualité avec la tendresse, qui prouvent que oui l’érotisme c’est mignon quand c’est bien fait. Je pense sincèrement que le monde irait mieux si les gens lisaient Sunstone avant de voir leur premier porno. La BD est accessible gratuitement au format numérique sur le site deviantart de l’auteur, ici.

 

D’où vient cette différence d’acceptation entre les histoires qui jouent sur la peur et celles reposant sur le désir ? La vulgarité ? Que le fluide soit rouge ou blanc ne change a priori pas grand chose. On pourrait dire que c’est une affaire de pudeur mais la peur aussi est un sentiment intime qui peut facilement nous faire perdre notre dignité. Je pense que le principal frein est que le désir repose sur les interactions entre nous. Il est difficile d’étaler ses fantasmes quand n’importe qui pourrait s’y conformer et se poser des questions sur le regard qu’on lui porte. Le BDSM laisse suggérer une certaine personnalité chez ses pratiquants, à tort ou à raison, et ces derniers n’ont pas nécessairement envie qu’on les juge. Le cinéma d’horreur fait rarement dans l’originalité, la peur naîtra le plus souvent d’une force malveillante qui menacerait la vie de n’importe qui.

Pourtant l’érotisme est une forme d’art qui n’a en soi rien de honteux. Cela demande du travail pour être réussi mais ça peut exprimer beaucoup de choses sur nous. S’il est utilisé salement, par exemple en véhiculant la culture du viol, là c’est répréhensible. Mais nourrir des rêves d’aventures que l’on ne vivra pas ou exprimer ce qu’il y a au fond de nous, c’est ce que font déjà les autres films populaires. Ce n’est clairement pas pour le même public mais le genre est tout aussi légitime quand il est assumé, et non quand il s’agit juste de glisser une fille à poil au milieu du récit.

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C’est grave s’ils sont morts ?

On dit toujours que les fictions sont politiques, et c’est parfaitement vrai. Même lorsque le scénario ou la réalisation tentent de montrer des comportements sans juger, ils reposent toujours sur des éléments considérés comme acquis que l’on ne remet pas en question. Tuer le bon roi pour prendre sa place par avidité et instaurer un régime de terreur, c’est pas bien. Faire preuve de générosité et de courage, c’est bien. Ce sont des notions qui sont rarement développées parce qu’elles sont censées aller de soi, mais elles donnent déjà une information sur le sens moral des scénaristes. Elles développent cette vision des choses et la rendent normale, acquise. Or cette vision est parfois pervertie par le besoin de finir l’histoire avec le ton voulu.

Mon premier problème vient de la vison de l’héroïsme. En soi c’est admirable d’être prêt à se battre pour les gens que l’on aime, d’aller au-delà de son confort pour une juste cause. Générosité, abnégation, tout ça. C’est surtout une façon de nous montrer des personnes qui se lancent dans des aventures passionnantes ou de se créer des modèles qui nous feront rêver, ce qui est très bien aussi. Mais pour représenter l’héroïsme le plus fort, les scénaristes ont la sale manie de pousser l’abnégation au sacrifice. Le héros ou l’héroïne accepte de mourir pour sauver tout le monde, parfois en représentant une figure christique parce que c’est un symbole facile. C’est beau, c’est noble. Mais exiger ça des autres ? Qu’ils meurent pour leurs confrères ? Ça serait ignoble à imposer. Et pourtant c’est ce que la figure du sacrifié implique. Les héros meurent pour sauver les autres, et les héros sont cools. Donc le sacrifice n’est plus seulement une bonne action mais une action cool.

Arrête de m’embrasser et ne revient qu’avec ton bouclier ou sur ton bouclier

Prenez Mass Effect 3 : les morts y sont nombreuses pour représenter l’horreur de la guerre. Mais les personnages principaux ou secondaires ne peuvent pas tous mourir bêtement à cause d’une balle perdue comme n’importe quel troufion, ce serait une fin indigne. Quand ils ne se font pas tuer par un boss à venir qu’il faut iconiser ou par une erreur du joueur, ils meurent par sacrifice. Mais jamais ils ne seront rendus tristes par l’acte à accomplir, jamais ils ne repenseront à leur vie qui s’arrête, jamais ils n’auront de moment de faiblesse. Non, c’est indigne de héros. Ils le font en sifflotant tandis qu’ils accomplissent leur devoir (les joueurs savent de quel personnage je parle). Qu’est-ce que c’est classe quand même. Ça a l’air facile à accomplir vu comme ça, c’est quelque chose de cool. Et moi ça me débecte qu’on rende ça cool. Cela indique que notre vie est sacrifiable si c’est pour une plus grande cause et je ne supporte pas cette idéologie. Je ne supporte pas qu’on me refuse l’égoïsme de vivre. Et quand on voit les kamikazes, on se dit que cette idée ne profite pas au plus grand nombre.

Il y a une autre version du sacrifice qui m’horripile : celui qui sert d’accomplissement. Un personnage qui n’a jamais su réussir quoi que ce soit va enfin remplir son devoir par sa mort. Ça aussi on en trouve un exemple dans Mass Effect 3, avec un personnage qui souhaite faire honneur à son père malgré sa faiblesse au commandement. On nous dit ensuite qu’il est mort mais qu’il a accompli son devoir. Ouf, nous voilà rassuré que ce personnage ne finisse pas en bon à rien ! Le pire exemple c’est lorsque le personnage est un méchant qui fait ainsi sa rédemption. Parce que sinon il devra vivre aux côtés des gens qu’il a persécutés/torturés/massacrés et qui le haïront pour ça. Ça casserait le happy end en montrant les victimes revanchardes sous un jour peu flatteur. On ne peut pas laisser le personnage souffrir ainsi, c’est plus simple de le faire mourir. Mais de son propre choix hein, comme ça on montre qu’il est vraiment revenu du bon côté. Bon ça montre aussi qu’il est impossible de se racheter sans disparaître mais faut pas en demander trop.

Lui encore il fait ça pour le symbole du père qui laisse vivre son fils, mais bon…

Quittons le domaine du sacrifice et partons sur un autre problème : la légitimité qu’a le gentil personnage à tuer des gens. Souvent la justification est simple : il tue des méchants pour les empêcher de faire des méchancetés. Mais certains réalisateurs mettent volontairement le doute à ce sujet comme Paul Verhoeven quand il fait Starship Troopers, faisant reconsidérer les actes des héros. C’est intéressant quand c’est bien fait, mais uniquement lorsque cette dénonciation est claire. Or elle passe généralement par une confiance dans le sens moral des spectateurs, et si ce dernier est déjà au même niveau que pour le réalisateur ou la réalisatrice alors cela revient à prêcher un converti. Par exemple j’ai vu comme beaucoup de gens le fascisme que présentait Starship Troopers mais qu’en est-il des personnes qui seraient susceptibles d’adhérer sérieusement à cette idéologie ? Elles vont voir leurs idéaux à l’écran sans forcément percevoir qu’ils sont censés être moqués et elles se conforteront dans leur position. C’est ce qui est arrivé avec Scarface. Le film devait faire la dénonciation d’un personnage grossier et brutal. La critique adore, le public aussi. Mais les gens que De Palma voulait sans doute éloigner de ce milieu en leur exposant une violence cruelle n’ont pas l’air d’avoir été horrifiés par cette dernière. Nombreux sont les gens qui vouent un culte à Tony Montana et qui voient sa mort comme une tragédie. Le film a beau avoir convaincu les critiques, il constitue un échec cinglant car il n’a porté son message qu’aux gens qui l’acceptaient avant même de voir le film, provoquant l’effet inverse chez les autres.

La dénonciation

Nouveau cas assez particulier : la scène de l’Eglise dans le film Kingsman (attention petits spoilers). L’agent anglais charismatique joué par Colin Firth voit un pasteur raciste / homophobe / etc… prêcher un public du même niveau. Des gens charmants donc. Tout le monde subit alors une sorte de rayon qui les rend fous furieux et les mène à s’entretuer. Cela a donné naissance à une fameuse scène d’action qui en a revigoré plus d’un : c’est virtuose, appuyé par le titre Free Bird. Un grand moment. Oui mais voilà, on n’a pas assisté à une scène où un héros enverrait valdinguer des méchants : ce que l’on a vu, c’est un personnage perdre ses moyens et commettre un massacre par folie. Et associer ça à quelque chose de fun me dérange. On peut bien dire qu’il se défend, mais en fait il aurait très bien pu s’enfuir s’il n’avait pas été hypnotisé. On peut rétorquer que ces gens sont des connards et que c’est cathartique comme dans God Bless America, sauf que Colin Firth ne choisit pas son action, il subit. Le film le montre ensuite reprendre ses esprits, réaliser le carnage et s’opposer au méchant qui lui a fait perdre les pédales. Sauf que le public n’a pas retenu cette scène pour ça, il a retenu que cette bagarre était super cool parce que bien réalisée, bien chorégraphiée et avait un super morceau. Et moi j’étais gêné parce que j’avais l’impression que j’aurai dû aimer ça, qu’on me dit d’aimer ça, mais vu ce qu’il se passe réellement à l’écran je n’y arrive pas. Je vois une ode au massacre, la meilleure scène du film devient pour moi la pire.

Et pourtant il y a une œuvre qui a réussi l’exploit de combiner cette éclate avec le dégoût de quelqu’un qui a du sang sur les mains : c’est le jeu Hotline Miami. On incarne un individu lambda qui reçoit des coups de fil lui demandant de tuer tout le monde dans une zone dite, et il obéit sans se poser la moindre question. Le niveau commence et le jeu nous met dans un état d’esprit frénétique : déjà grâce à la musique, excellente, continue et hypnotique. Ensuite par le game design : enchaîner les meurtres forme un combo qui rapporte plus de points, le moindre coup de feu fait rappliquer tout le monde, l’infiltration est limitée. On est obligé de réagir très vite, on n’a pas le temps de se demander si ce que l’on fait est juste ou pas. On meurt vite, on revient tout aussi vite et on concentre toute son attention dans les réflexes. Mais une fois que le niveau est terminé, la musique s’arrête très brutalement et on doit sortir. Et soudain, dans ce calme nouveau on réalise ce qu’on vient de faire parce qu’on n’est plus du tout dans une optique de chercher des gens à tuer avant qu’ils ne nous tuent. On nous a enlevé le casque qui diffusait la musique qui nous conditionnait, on ne cherche plus les pixels représentant des méchants, on n’est plus en mode berserk. Et qu’est-ce qu’on voit ? Une gigantesque boucherie, et je vous jure que ça choque alors qu’on ne ressentait rien du tout au moment de la tuerie parce qu’on n’avait pas le temps de ressentir quoi que ce soit. Ça vous réveille d’un coup et ça vous fait reconsidérer ce que vous avez fait. Et pourtant le plaisir que vous avez ressenti ne s’envolera pas, il se renouvellera même lorsque votre personnage recevra son prochain coup de fil et qu’il obéira tout aussi sagement, comme n’importe quel joueur accomplira n’importe quelle horreur tant que les développeurs le lui demandent. Le tout sans nous faire oublier l’horreur de ce qu’on commet. C’est un authentique tour de force.

Mais c’est dégueulasse, c’est moi qui ai fait ça ?

Un autre cas que je voudrais vous présenter est celui de la vengeance. Il y a des films qui assument que la quête du héros consistera à faire payer un méchant pour ses crimes. Il y a des films qui mettent en valeur le côté borné ou tragique que peut avoir cette quête (Kill Bill 1&2), voire qui présentent toute l’horreur qui sera engendrée au nom d’une vengeance qui n’offrira rien en retour (Old Boy et J’ai rencontré le Diable, qui m’ont inspiré pour Enchaînés). Mais il y a aussi des films qui veulent montrer un personnage qui ne doit pas se laisser aller à la vengeance. Cela pourrait être bien, sauf que ces films ont la très fâcheuse tendance à faire quand même mourir le méchant. Mais ce ne sera pas par la faute du personnage principal qui pourra ainsi garder sa conscience tranquille, parfois alors même que ce n’est pas dû à un renoncement mais à un échec de sa part (quelqu’un tue sa cible avant lui par exemple). C’est le cas dans le livre Millenium, l’auteur va laver les soupçons de meurtres pesant sur Lisbeth alors qu’elle a un vrai comportement de meurtrière et que seul le hasard l’a empêchée d’agir. Ou alors le héros renonce bien à tuer, mais quelqu’un s’en charge à sa place pour rétablir la justice. C’est extrêmement hypocrite et ça m’énerve. Trop peu d’œuvres ont le cran de laisser vivre le méchant, il faut toujours qu’il meure sinon ça manque d’une conclusion.

D’ailleurs certaines œuvres ont une manière bien à elles de dénoncer ces mises à mort : elles attirent la sympathie pour la personne qui subira cette vengeance. Par exemple cette personne se met à regretter son geste, le vengeur / la vengeresse renonce à tuer. Cela a le mérite de montrer que ces personnes sont capables de changer, mais c’est un peu comme si je voulais dénoncer la peine de mort en montrant le cas où des innocents en meurent : c’est sûr que si ces gens sont innocents il ne faut pas les tuer. Mais du coup les coupables ne rentrent pas dans ce cas de figure, donc pour eux on peut ? La vraie question était de savoir si c’est ok de tuer quelqu’un, qui que soit cette personne. C’est facile de dire que c’est pas bien dans le cas d’une gentille personne mais ça ne fait pas avancer le débat. On a aussi l’exemple du méchant qui a de la famille ou qui fait des bonnes actions pour compenser ses mauvaises : le tuer devient dérangeant non pas parce que ce serait se donner le droit de vie ou de mort sur un être humain, mais parce que ça aura des conséquences sur la vie d’autres gens. On s’en fiche de la vie de cette mauvaise personne, mais pensez à sa femme et ses gosses et soyez humains. Rah ces ordures qui fondent une famille pour se fournir des boucliers à bonne conscience ! Ou comment faire croire que l’on dénonce la vengeance alors qu’on ne dénonce que le mal fait aux innocents.

Les voyous font toujours plaisir à l’inspecteur et n’ont pas de famille, alors c’est ok

Dernier exemple et on arrête : le héros rencontre la femme de sa vie (oui, toujours une femme), mais elle n’est pas célibataire. Quel malheur, une femme qui s’est trouvé un conjoint ! Impossible pour le héros de passer ses jours avec elle, ce serait de l’adultère. Heureusement, elle va larguer son conjoint « parce que ça faisait longtemps qu’on ne s’entendait plus, ça n’a rien à voir avec toi » (ça aurait été bien de le montrer avant que la drague ne commence, comme dans Carol). Ou mieux, c’est le compagnon qui la largue. La pauvre pleure toute les larmes de son corps, mais le spectateur n’est pas dupe : c’est un évènement heureux car le héros pourra quitter son célibat sans enfreindre les bonnes mœurs. On dira que c’est mignon parce que la fille a trouvé quelqu’un pour la consoler. Ou alors on soulignera que son ex était un connard et que c’était donc une erreur. Big Fish donne un exemple gratiné de cette situation, même que le malotru meurt misérablement après avoir perdu sa compagne (décidément, la mort est la solution à tout). Ça lui apprendra à se fiancer avec le futur crush d’Erwan McGregor. Vous pouvez penser que ça n’a que peu de rapport avec tout ce que j’ai mentionné plus haut, mais le problème est pourtant similaire : on résout une impasse scénaristique morale avec une situation qui devrait être triste (ici une rupture, plus haut la mort d’un personnage) mais qui apporte le salut des « vrais » héros par la grâce de l’hypocrisie. Quand des scénaristes cherchent une résolution morale, ils devraient s’attacher à ce qu’elle résulte des qualités des personnages plutôt que d’utiliser ces artifices dangereux. Que ce ne soit pas le malheur des uns qui fasse commodément le bonheur des autres.

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« Regardez moi, je suis fou ! »

Un cliché de podcast vidéo récurrent consiste à faire parler le vidéaste avec lui-même. C’est pratique parce qu’on économise des acteurs, on peut jouer tout le monde soi-même. Puis certains se sont amusés à poursuivre le procédé jusqu’à l’absurde en le justifiant, en faisant comme si c’était parfaitement voulu. Ces vidéastes ont ainsi présenté leur personnage comme un « fou » qui discute avec ses multiples personnalités. C’était souvent dans un esprit cartoonesque et assez rigolo, mais ça s’est beaucoup répandu. Et comme tout phénomène qui est repris en masse à la hâte, cela s’est fait parfois sans recul. C’est ainsi qu’on trouve des histoires où le personnage sort que « c’est trop cool d’être fou ! ». Je pense que les victimes de maladies mentales ne sont pas d’accord avec cette affirmation. C’est là que je me dis qu’il pourrait être intéressant de s’interroger sur la figure du fou charismatique dans la fiction.

En voyant la photo de ce brave Bruce Campbell issue de Evil Dead 2 juste en dessous de mon titre parlant de folie, vous avez du vous dire qu’il représentait bien ce cliché. Et pourtant Ash n’est absolument pas victime de maladie mentale. Il pète un câble dans la scène d’où est tiré ce screenshot, mais il se remet bien vite. C’est une scène cartoonesque où la maison hantée se met à partir en vrille et Ash réagit avec le même excès, mais c’est davantage de la mise en scène que de la folie. On ne voit pas quelqu’un qui a perdu la tête, juste quelqu’un qui réagit au n’importe quoi par du n’importe quoi. Vu le ton humoristique de Evil Dead 2, c’est cohérent. Là où c’est moins cohérent, c’est quand certains confondent ça avec de la vraie folie.

Le voilà le représentant le plus connu, celui dont tous les « fous qui ont trop la classe » s’inspirent. Le Joker est l’un des méchants les plus connus et appréciés, pas étonnant que tout le monde ait envie de jouer ou de faire apparaître son Joker. Sauf que peu le comprennent vraiment. Tous les mauvais clones du Joker ont un point commun : leur méchant se marre comme un dément. Parce que c’est trop cool de se marrer comme ça, ça donne l’impression d’être supérieur aux autres et d’être imprévisible. Ce cliché là date probablement d’avant le Joker, mais ce dernier l’a quand même bien démocratisé. Sauf qu’il faudrait quand même se poser cette question essentielle : pourquoi il rigole tout seul le monsieur ? Il a pas l’air un peu con ? Ben si justement, pour la plupart des clones. Il n’y a rien de drôle mais il rigole quand même de façon forcée pour faire son m’as-tu-vu. « Mouhahah, je suis tellement complexe que j’embarrasse tout le monde avec des réactions que personne ne comprend ! Chuis trop mad t’as vu ? » Du coup c’est ridicule. Alors que le « vrai » Joker n’est pas ridicule. Pourquoi ? Parce qu’il a une bonne raison de rire, et ce n’est pas juste de faire genre qu’il a compris la blague de ce monde absurde comme le Comédien de Watchmen.

C’est un clown.

C’est sa fonction de faire rire. Alors il fait des blagues et il se marre parce que c’est ce à quoi il aspire. Là où se manifeste sa folie c’est qu’il a perdu tout sens des réalités. C’est la façon la plus commune de caractériser cet état, et c’est pourtant ce que les clones du Joker ont fâcheusement tendance à oublier. Le Joker prépare des tours pour créer des situations cocasses, mais il n’a pas conscience des proportions de ses gags. Il a un humour très noir qu’il pousse beaucoup trop loin dans un soucis de spectacle absurde, et c’est en cela qu’il a perdu la raison.

Le monsieur que vous voyez dans l’image ci-dessus et qui vous hurle « Respecte moi, il y a marqué Damaged sur mon front ! », ce n’est pas une personne atteinte de maladie mentale. Ni lui ni la Harley Quinn du film Suicide Squad (et même dans les comics que j’ai lus cette dernière est loin d’être mentalement atteinte). Ils se vantent d’être fous mais la folie n’est absolument pas une qualité, ce n’est pas un synonyme pour « audacieux ». C’est le fait de ne plus distinguer le réel, et ce n’est pas quelque chose dont souffrent ces personnages qui sont simplement « foufous » au sens d’excentriques. D’ailleurs ce Joker là n’est même plus un clown, c’est devenu un punk qui se marre pour se donner un genre.

Je nuance la fin de mon billet en signalant qu’un personnage qui rit comme un « cinglé » sans être le Clown n’est pas nécessairement un problème. Je vous ai introduit avec la tête hallucinée de Bruce Campbell : tant qu’on ne fait pas passer cela pour le résultat d’une déficience mentale, je m’amuse bien de ce genre de débordement rigolo, comme lorsqu’on voit une comédie avec Louis de Funès qui s’énèrve. Un film où un personnage a une crise de rire parce qu’il a subi plus qu’il ne le pouvait, c’est tout à fait faisable. Ce qui me dérange le plus c’est lorsqu’on fait passer ce handicap pour quelque chose de cool. Une personne qui se démarque et qui a du bagou, dans le respect des autres, est cool. Un handicap n’est jamais cool. Et les génocidaires ne passaient pas leur temps à ricaner pour impressionner les convives.

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Mon année sagasphérique 2016

Oui je suis en retard pour faire un retour sur l’année passée.

J’ai parlé sur Senscritique de mon année filmique 2016 en faisant la liste de ses films que j’ai vu, avec mes commentaires à ce sujet. Mais puisque je suis créateur de sagas mp3 autant que je mentionne aussi ces dernières pour leur faire honneur, et aussi pour ne pas laisser tristement mourir ce blog. Il se trouve que je n’en aurai pas beaucoup à mentionner pour quelques raisons : D’abord je m’y retrouve de moins en moins dans les productions audio actuelles. Je deviens de plus en plus exigeant, si l’amateurisme se ressent trop pour que je prenne l’histoire au sérieux je décroche. Ce qui en découle c’est que j’ai tendance à moins facilement donner leur chance aux nouveaux et à me contenter des valeurs sûres, ce qui n’est pas une bonne pratique. Il faut également mentionner que j’ai peut-être accordé moins de temps aux sagas d’une manière générale dans ma vie, d’ailleurs je n’ai toujours pas écouté Pantoche & Danger alors que ça pourrait me plaire. Enfin j’ai acquis une très sale habitude : écouter les sagas en lisant autre chose sur Internet. Je surestime beaucoup trop ma capacité à rester concentré. Du coup je me retrouve à écouter, à me retrouver paumé au milieu par ma faute et à abandonner sans laisser de commentaire comme un malpropre. C’est pas bien. Tout cela fait que je retiens peu de choses de cette année sagasphérique, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait rien de bien.

Passons maintenant à quelques sagas mp3 que je souhaite mentionner pour résumer ce que j’ai préféré de 2016.

 Docteur Bonobo Show

Je triche largement car cette série a démarré en 2015 et se poursuit cette année. Mais je tiens à la mentionner car elle a fini par faire naître en moi une routine plaisante. La routine de découvrir régulièrement un court épisode à la Kaamelott sur ce génie du mal empêtré au milieu de ses sous-fifres incompétents mais attachants dans leur bêtise. Les épisodes sont très homogènes en qualité et le jeu des acteurs est très enjoué, je ne ris pas forcément aux éclats mais je m’amuse bien. On en est à la 2e saison (plus un spin-off) et cette série me plaît beaucoup, je vous recommande de la siroter.

Gobbledygook

Il s’agit d’un livre audio sur un écrivain qui tombe sur un mystérieux livre doté d’une conscience propre. Ce dernier possède de curieux pouvoirs et des histoires aussi fascinantes que glauques. Le narrateur va se retrouver lié à ce livre démoniaque qui pourrait améliorer sa vie, mais qui risque surtout de la détruire. On est ici dans de l’horreur soft à la Lovecraft, disons qu’il s’agit plus d’une ambiance oppressante que d’un délire gore. C’est bien écrit, la narration coule de source et l’auteur accroche bien son public.

CINQ

Scénarisé par François TJP et Richoult et réalisé par ce dernier. C’est un one-shot de 20mn sur un spationaute qui s’est fait emporter dans l’espace et se retrouve donc tout seul avec sa réserve d’oxygène qui diminue. Il s’agit ici d’un travail d’ambiance et de jeu d’acteur, on va se laisser porter par un DestroKhorne très impliqué dans son rôle. Il porte toute la fiction sur ses épaules, bien aidé par une réalisation très immersive et par la partition de Niala’Kil. Du bon travail qui fait plaisir aux oreilles. Notez que François TJP démarre très fort cette année 2017 avec sa dernière fiction, Spelaion, que je recommande chaudement aux amateurs de spéléologie et de sound-design.

Milhana

La saga Milhana a démarré en 2010 et vient de se terminer fin 2016. Une saga qui aura donc duré plus de 6 ans s’achève, et ça fait toujours quelque chose. Milhana raconte comment Mateo va se rendre physiquement dans un MMORPG à échelle humaine, comme Sword Art Online. Découvrant les règles de ce monde, il va se rendre compte que quelque chose cloche avec sa programmation et va se retrouver embarqué dans une aventure qui le dépasse. Ne vous fiez pas à ce synopsis a priori banal, la saga en a sous le capot. Déjà par sa réalisation magistrale, agrémentée de bugs sonores volontaires lors des moments où la tension est trop forte même pour le jeu. Ensuite pour ses musiques, composées par l’auteur. Enfin pour son scénario finalement classique mais bien mené et ambitieux à notre échelle d’amateur. La SF française qui claque vraiment c’est pas la saison 4 du Visiteur du Futur, c’est Milhana.

Pépins sous le sapin

C’est un peu abusé car cette saga est assez private joke du Netophonix et en plus j’y ai participé. Mais c’est mon année 2016, je fais ce que je veux. Ce feuilleton quotidien m’a fait sourire et parfois rire, j’ai retrouvé des voix que je n’avais plus entendues depuis longtemps et j’ai baigné dans une sympathique atmosphère familière. Ce projet s’est très bien déroulé et demeure l’un de mes meilleurs souvenirs de cette année.

Maintenant que j’ai parlé des créations qui m’ont plu, je vais conclure en parlant de mes propres activités de cette année. Déjà j’ai enfin sorti Enchaînés, dont le script était écrit depuis Mars 2015 et dont l’idée me hante depuis 2014. C’est d’ailleurs la première fois que j’utilise Reaper pour un projet de plus de 3mn, c’est bon de quitter enfin Audacity pour gagner en confort et en possibilités. Encore mieux : je me suis fait ce site que j’aurai dû sortir depuis des années, depuis mes premières créations en 2009 en fait. Voilà une arlésienne qui est terminée, et ça fait du bien. Enfin j’ai participé en tant qu’acteur et réalisateur à la saga communautaire de Noël Pépins sous le sapin citée plus haut. C’est à peu près tout pour mes activités, j’ai été aussi feignant que d’habitude cette année. Mais les idées ne s’arrêtent de me trotter dans la tête, il suffirait que je me bouge pour les développer par écrit au lieu d’attendre éternellement que l’inspiration me décrive toute seule la suite comme un Deus Ex Machina. Avant c’était simple, je bossais pour des occasions qui imposaient une deadline et cette dernière me motivait pour arrêter de procrastiner. Même pour Enchaînés j’ai fonctionné comme ça. On verra si 2017 change quelque chose.

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Je suis Thetchaff, créateur de fictions audio, majoritairement tourné vers le thriller. J'ai quelques histoires à vous raconter qui ne nécessiteront pas d'images, car le son s'avère être un outil bien assez puissant pour se suffire à lui-même.